Quand janvier i rinte comme un bedot, i dehutte comme un taur

Écrit par guydubois.

froid-450Quand janvier i rinte comme un bedot (agneau), i dehutte (sort) comme un taur (taureau). Ils nous avaient bien sagement prévenus nos anciens ! Quand janvier rentre comme un agneau, il termine comme un taureau ! Après un mois de décembre et un début de janvier printaniers, certains s'interrogent comme François Villon au Moyen-Age dans la Ballade des dames du temps jadis, reprise par Brassens, «...mais où sont les neiges d'antan ? »

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D'autres se lamentent de la douceur des températures : Mos d'janvier sans gélée n'annonche point eun' bonne année ! Alors, quel temps nous réserve encore cet hiver 2013 ?

Pour le savoir, il suffit de guetter votre grenouille dans son bocal ou de compter les pelures des oignons que vous avez récoltés...ou de vous rapprocher des maximes du calendrier de nos aïeux qui savaient mettre en rimes le fruit de leurs longues observations.

Tenez, en ce 20 janvier, jour de la Saint Sébastien, vérifiez qu'à l' Saint Sébastien, ches jours i rallongen't du saut d'un tchien et retenez qu'à l' Saint Sébastien, l'hiver i s'in va ou i s'casse les dints : dicton confirmé par la Saint Vincent, le 22 janvier, à l' Saint Vincint, tout i gèle ou tout i s'find, l'hiver i arprind ou i s'casse les dints ! Le 23 janvier, on fêtait la Saint Raymond, et ce jour mérite toute notre attention, car si qu'i gèle à l' Saint Raymond, l'hiver i s'ra cor long. Par contre, le 29, jour de la Saint Sulpice, si qu'i gèle à l' Saint Sulpice, l' printemps i s'ra propice ! Enfin, pour les pessimistes, voici une bonne nouvelle qui survient le 30 janvier, où l'on fêtait les Hippolyte : à l'Saint Hippolyte, l'hiver bin souvint i nous quitte !

Alors, va-t-on bientôt chanter comme l'ancien poète français Charles d'Orléans, mort en 1465, le temps a laissié son manteau de vent, de froidure et de pluye ? Ou, plus près de nous, faut-il s'inspirer du poème de notre brave Léopold Simons : v'là l'hiver, i fait frod, in est bien dins s'mason, in fait gramint d'ragoûts d'haricots et d'punn's d'tierre. Sur les lits, in a r'mis couverte et éderdon ? Finalement, l'idéal est de laisser faire le temps et de se dire avec philosophie : Bah ! Après ch' timps-là, in n'n'ara d'l'aute !

Ce qui nous intéresse dans ces deux dernières citations de Charles d'Orléans et de Simons, ce sont les mots froidure et frod que nous allons utiliser pour illustrer notre première leçon de phonétique picarde de l'année. L'ancien français utilise déjà la diphtongue oi (froidure) alors que le picard dit o (frod) avec différentes variantes qui vont jusqu'au oé dans le sud du domaine linguistique : les gens de la Somme disent Vif' el' roé lors de la galette des rois. Chez les chtis, la règle d'usage est o : l' mos le mois, un tiot pos un petit pois, in a so on a soif, j'ai tros dogts j'ai trois doigts, ch'est tout drot c'est tout droit, i porte es' crox il porte sa croix, l'frodure la froidure. On prononce encore un monieau un moineau, un osieau un oiseau, eun' nojette une noisette, min vogin mon voisin. La règle est valable aussi en présence d'un y. On lira un bo-yau un boyau, un no-yau un noyau, eun' vo-yette une petite voie. Il convient d'ajouter les verbes lo-yer lier, plo-yer plier, ou so-yer scier. Afin de contrôler ces nouvelles acquisitions auprès des lecteurs, tout ceci fera l'objet prochainement d'une interrogation écrite...

A l'arvo-yure !


Guy Dubois

 

D’autres se lamentent de la douceur des températures: Mos d’janvier sans gélée n’annonche point eun’ bonne année ! Alors, quel temps nous réserve encore cet hiver 2013 ?

   Pour le savoir, il suffit de guetter votre grenouille dans son bocal ou de compter les pelures des oignons que vous avez récoltés…ou de vous rapprocher des maximes  du calendrier de nos aïeux qui savaient mettre en rimes le fruit de leurs longues observations. Tenez, en ce 20 janvier, jour de la Saint Sébastien, vérifiez qu’à l’ Saint Sébastien, ches jours i rallongen’t du saut d’un tchien  et retenez qu’à l’ Saint Sébastien, l’hiver i s’in va ou i s’casse les dints : dicton confirmé par la Saint Vincent, le 22 janvier, à l’ Saint Vincint, tout i gèle ou tout i s’find, l’hiver i arprind ou i s’casse les dints ! Le 23 janvier, on fêtait la Saint Raymond, et ce jour mérite toute notre attention, car si qu’i gèle à l’ Saint Raymond, l’hiver i s’ra cor long. Par contre, le 29, jour de la Saint Sulpice, si qu’i gèle à l’ Saint Sulpice, l’ printemps i s’ra propice ! Enfin, pour les pessimistes, voici une bonne nouvelle qui survient le 30 janvier, où l’on fêtait les Hippolyte : à l’Saint Hippolyte, l’hiver bin souvint i nous quitte !

         Alors, va-t-on bientôt chanter comme l’ancien poète français Charles d’Orléans, mort en 1465, le temps a laissié son manteau de vent, de froidure et de pluye ? Ou, plus près de nous, faut-il s’inspirer du poème de notre brave Léopold Simons : v’là l’hiver, i fait frod, in est bien dins s’mason, in fait gramint d’ragoûts d’haricots et d’punn’s d’tierre. Sur les lits, in a r’mis couverte et éderdon ? Finalement, l’idéal est de laisser faire le temps et de se dire avec philosophie : Bah ! Après ch’ timps-là, in n’n’ara d’l’aute !

 Ce qui nous intéresse dans ces deux dernières citations de Charles d’Orléans et de Simons, ce sont les mots froidure et frod que nous allons utiliser pour illustrer notre première leçon de phonétique picarde de l’année. L’ancien français utilise déjà la diphtongue oi  (froidure) alors que le picard dit o (frod) avec différentes variantes qui vont jusqu’au dans le sud du domaine linguistique : les gens de la Somme disent Vif’ el’ roé lors de la galette des rois. Chez les chtis, la règle d’usage est o : l’ mos le mois, un tiot pos  un petit pois, in a so  on a soif, j’ai tros dogts  j’ai trois doigts, ch’est tout drot  c’est tout droit, i porte es’ crox  il porte sa croix, l’frodure  la froidure. On prononce encore un monieau   un moineau, un osieau  un oiseau, eun’ nojette  une noisette, min vogin  mon voisin. La règle est valable aussi en présence d’un y.  On lira un bo-yau  un boyau, un no-yau  un noyau, eun’ vo-yette  une petite voie. Il convient d’ajouter les verbes lo-yer  lier, plo-yer  plier, ou so-yer  scier. Afin de contrôler ces nouvelles acquisitions auprès des lecteurs, tout ceci fera l’objet prochainement d’une interrogation écrite… A l’arvo-yure !