Les tiots pères jouent dans la cour des grands

Écrit par guydubois.

les-tiots-peresDans le Nord-Pas de Calais, on connaît bien les Grands Dijeux, que l'on qualifie aussi de prometteux d'bieaux jours ! Ils sont d'ailleurs irrémédiablement accompagnés des P'tits Faijeux dont on dit qu'leu langue all' s'ra usée qu'leu bras s'ront cor tout neu ! N'ayez crainte la nouvelle équipe des Tiots Pères échappe avec bonheur à ces images caricaturales !

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L'Académie des Tiots Pères a été fondée à Douai, en 1980, par André Dufour et avait pour but de créer et d'animer des spectacles dans la région.
Les anciens se souviennent encore de Roger Faidherbe, Yves Soufflet, Paul Sébille et des tiotes mères Angèle Copin et Michèle Descatoires.
Après un moment de léthargie, la troupe a repris ses activités sous la présidence de Jean Pierre Fitzner, avec quelques indéracinables, René Maginelle, Marc Wachez ou Bruno Deledeuille, eun' paire ed' canteux-conteuxnouvieaux, deux cordéonneux et... Alain qui,à chaque spectacle,bénéficie d'une exceptionnelle permission de minuit de la part du directeur de sa MAPAD!

Le spectacle commence et se termine toujours par l'Hymne des Tiots Pères écrit par le regretté douaisien Jean Claude Darnal. Si t'as d'el misère, si t'as eun' colère, viens donc boire tin verre aveucqu' chesTiots Pères. In a bin pus querre à finir es' bière sins s'in faire aveucqu' chesTiots Pères.
Et puis, chacun l'aura compris, poésies, sketches, canchons et cacoules vont se succéder à un rythme tel que le public ne va pas voir passer les deux heures de spectacle !
Bernard a dessaqué eun' vielle canchon de 1900, Min parapluie,du chantre lillèrois Anselme Frémicourt : Avec em' femme, i faut que j' prinche des précautions : comme all' n'a pusgramint d'dintsdins s'bouque, all' lance toudis des postillons. Quand que j'prévos qu'all' va s'mette in colère, pour éviter qu'i pleuche averse sur mi, ej' fais deux tros pas in arrière et j'eufe tout grand min parapluie. René est loin d'endormir son public en racontant l'tiotcapieau rouchede Biloute qui fut un « membre » imposant de la confrérie des Capenoules. Il puise d'ailleurs dans le répertoire de ces joyeux lurons en ne quittant pas d'une semelle sonP'tit Frère. In étant jonne grand-mère m'a dit : garchon, té c'minches à v'nir in âche, comme té m'a toudis obéi j'espère que té s'ras toudis sache...chu que j'te conselle avant tout, ch'est d'avoir bien soin d'tin tit frère !

Sait-on encore que les Tiots Pères avaient obtenu de Pierre Bachelet et de Jean- Pierre Lang l'autorisation d'interpréter un pastiche des Corons, écrit par Yf d' Walincourt, et qu'ils avaient édité un disque aux Editions Déesse ? Dins l' Nord y a pas qu' des corons, dins l'Nord y a pas qu'du carbon ! In a aussi du houblon, in a aussi du pichon ! On ignore aussi que les Tiots Pères sont de fins jardiniers et qu'ils excellent dans la culture du Porion : mot de notre vocabulaire très intéressant puisqu'il désigne à la fois un légume, une verrue et le contremaître de la mine. Contrairement à ce que l'on pense, celui-ci ne poireautait pas au fond de la mine, mais son nom vient de l'italien caporione, chef de bande, dont on a supprimé le préfixe « ca », comme on transforme le capitaine en pitaine.

Les Tiots Pères n'ont pas fini de nous distraire et de nous enrichir : ils ont même une hilarante Leçon de patois à leur répertoire ! Vous pouvez les avoir chez vous , mais prévoyez grand !


Guy Dubois

 

Jean-Pierre FITZNER
Président de l'Académie Patoisante
"LES TIOTS PERES"
1, rue du 8 mai 1945
59119 WAZIERS

 

D’autres se lamentent de la douceur des températures: Mos d’janvier sans gélée n’annonche point eun’ bonne année ! Alors, quel temps nous réserve encore cet hiver 2013 ?

   Pour le savoir, il suffit de guetter votre grenouille dans son bocal ou de compter les pelures des oignons que vous avez récoltés…ou de vous rapprocher des maximes  du calendrier de nos aïeux qui savaient mettre en rimes le fruit de leurs longues observations. Tenez, en ce 20 janvier, jour de la Saint Sébastien, vérifiez qu’à l’ Saint Sébastien, ches jours i rallongen’t du saut d’un tchien  et retenez qu’à l’ Saint Sébastien, l’hiver i s’in va ou i s’casse les dints : dicton confirmé par la Saint Vincent, le 22 janvier, à l’ Saint Vincint, tout i gèle ou tout i s’find, l’hiver i arprind ou i s’casse les dints ! Le 23 janvier, on fêtait la Saint Raymond, et ce jour mérite toute notre attention, car si qu’i gèle à l’ Saint Raymond, l’hiver i s’ra cor long. Par contre, le 29, jour de la Saint Sulpice, si qu’i gèle à l’ Saint Sulpice, l’ printemps i s’ra propice ! Enfin, pour les pessimistes, voici une bonne nouvelle qui survient le 30 janvier, où l’on fêtait les Hippolyte : à l’Saint Hippolyte, l’hiver bin souvint i nous quitte !

         Alors, va-t-on bientôt chanter comme l’ancien poète français Charles d’Orléans, mort en 1465, le temps a laissié son manteau de vent, de froidure et de pluye ? Ou, plus près de nous, faut-il s’inspirer du poème de notre brave Léopold Simons : v’là l’hiver, i fait frod, in est bien dins s’mason, in fait gramint d’ragoûts d’haricots et d’punn’s d’tierre. Sur les lits, in a r’mis couverte et éderdon ? Finalement, l’idéal est de laisser faire le temps et de se dire avec philosophie : Bah ! Après ch’ timps-là, in n’n’ara d’l’aute !

 Ce qui nous intéresse dans ces deux dernières citations de Charles d’Orléans et de Simons, ce sont les mots froidure et frod que nous allons utiliser pour illustrer notre première leçon de phonétique picarde de l’année. L’ancien français utilise déjà la diphtongue oi  (froidure) alors que le picard dit o (frod) avec différentes variantes qui vont jusqu’au dans le sud du domaine linguistique : les gens de la Somme disent Vif’ el’ roé lors de la galette des rois. Chez les chtis, la règle d’usage est o : l’ mos le mois, un tiot pos  un petit pois, in a so  on a soif, j’ai tros dogts  j’ai trois doigts, ch’est tout drot  c’est tout droit, i porte es’ crox  il porte sa croix, l’frodure  la froidure. On prononce encore un monieau   un moineau, un osieau  un oiseau, eun’ nojette  une noisette, min vogin  mon voisin. La règle est valable aussi en présence d’un y.  On lira un bo-yau  un boyau, un no-yau  un noyau, eun’ vo-yette  une petite voie. Il convient d’ajouter les verbes lo-yer  lier, plo-yer  plier, ou so-yer  scier. Afin de contrôler ces nouvelles acquisitions auprès des lecteurs, tout ceci fera l’objet prochainement d’une interrogation écrite… A l’arvo-yure !