Dans notre assiette, le steak de cheval, ch’est-ti du g'va,du g'vau, du queva, du qu’vau ou du bidet ?

Écrit par guydubois.

cheval« Suivez l' bœuf » claironnait-on en 1961 pour inciter la population à consommer davantage de viande ! Etait-il déjà question de traçabilité ? Et, de nos jours, après le scandale récent, va-t-il falloir suivre le cheval ?
Il ne mérite pourtant cet affront notre plus belle conquête de l'homme et n'a rien de comparable avec le bœuf !

 

chevalImaginez-vous les charges héroïques des cuirassiers montés sur des bœufs à Eylau ou à Reichshoffen ?

Il nous a rendu tant de services ce compagnon ! Ecoutons nos paysans. « Du matin jusqu'au soir, par drière em' quérue, au mitan de ch' terroë, ej' suis min bon viux qu'vau. Ed'zous l' solel brûlant, seule em' grosse voix bourrue, avec ses Dia ! ses Ho ! ses Hut Ho ! et ses Hue ! résonne dins l'air lourd. A ch'cloquer l'heure sonne. Ho ! Cadet y est pipe ! » (Edmond Dupont. Waziers).

Pour Paul Sébille d'Auberchicourt, il fait encore partie de ses souvenirs : « J'ai cor dins m'tiête leu noms, j'm'in rappell'rai toudis : Bayard, Bijou, Sultan, Coquette o bin Lisette...J'vos cor ch'ti du mèd'cin saquant sin cabriolet, l'quévau du marchand d'loques avec ses cloquettes et ches bidets d'brasseux à leu carrette attelés. » Quel déchirement quand cet ami fidèle vous quitte après quinze ans de bons et loyaux services ! « I est parti au po (pas) dins ches grandès pâtures, dù qu'n'y a pont d'fiderco (fil barbelé), mais d'l'herbe jusqu'à sin co, pis rien sus s'n'incolure ! Et tout in s'mongonnant, ech' viux cultivateur, avec el dos de s'man (main) sur es' barbe, in trannant (tremblant), réchue eun' larme qu'all' queurt » (René Ducroquet. Avesnes le Comte).
Dans les mines de charbon, les chevaux sont d'abord utilisés au jour dans des manèges, appelés baritels, pour faire fonctionner les machines d'extraction. Ardennais, boulonnais, percherons, traits du nord ou brabançons vont connaître le fond de la mine à partir de 1847 à Anzin. En 1926, ils sont 10.000 « mineurs à quatre pattes » à tirer des balles de charbon au fond. « Faut les vir s'arc'bouter pour ébranler leu querque. Leu vinte i gonfe à crever, leu jarrets sont tindus : i sont tout rassaqués, in dirot qu'i font l'cherque. Pis i démarrent d'un seul cop, l'chargemint i est vaincu ! » (Robert Boyaval. Douai). Le poète-mineur s'apitoie sur le sort du bidet d'fosse. « Est-ce qu'i vot dins li-même chu qué l' sort li destine quand i s'in va, tiête basse, au mitan dé s'couloir ? Va, m' pauv' quévau, tâche d'indurer t'misère, car si t'armontes in haut, cha s'ra pour rintrer dins l' tierre.» (Jules Mousseron. Denain).
Le terme bidet désigne chez nous un hongre, c'est-à-dire un cheval mâle châtré, et a donné, en langage populaire, le mot bidoche, comme cette viande douteuse qui fait l'objet du scandale actuel.

Par contre, c'est à une dégustation originale de sosies, à la sauce chti, que l'Association « Pour que vivent les chtimis » de Vendin le Vieil vous invite le 7 avril à la salle du 8. Amoureux d'Aznavour, Hervé Villard, Adamo, Mike Brant, Elvis Presley, retenez vos places

Guy Dubois

D’autres se lamentent de la douceur des températures: Mos d’janvier sans gélée n’annonche point eun’ bonne année ! Alors, quel temps nous réserve encore cet hiver 2013 ?

   Pour le savoir, il suffit de guetter votre grenouille dans son bocal ou de compter les pelures des oignons que vous avez récoltés…ou de vous rapprocher des maximes  du calendrier de nos aïeux qui savaient mettre en rimes le fruit de leurs longues observations. Tenez, en ce 20 janvier, jour de la Saint Sébastien, vérifiez qu’à l’ Saint Sébastien, ches jours i rallongen’t du saut d’un tchien  et retenez qu’à l’ Saint Sébastien, l’hiver i s’in va ou i s’casse les dints : dicton confirmé par la Saint Vincent, le 22 janvier, à l’ Saint Vincint, tout i gèle ou tout i s’find, l’hiver i arprind ou i s’casse les dints ! Le 23 janvier, on fêtait la Saint Raymond, et ce jour mérite toute notre attention, car si qu’i gèle à l’ Saint Raymond, l’hiver i s’ra cor long. Par contre, le 29, jour de la Saint Sulpice, si qu’i gèle à l’ Saint Sulpice, l’ printemps i s’ra propice ! Enfin, pour les pessimistes, voici une bonne nouvelle qui survient le 30 janvier, où l’on fêtait les Hippolyte : à l’Saint Hippolyte, l’hiver bin souvint i nous quitte !

         Alors, va-t-on bientôt chanter comme l’ancien poète français Charles d’Orléans, mort en 1465, le temps a laissié son manteau de vent, de froidure et de pluye ? Ou, plus près de nous, faut-il s’inspirer du poème de notre brave Léopold Simons : v’là l’hiver, i fait frod, in est bien dins s’mason, in fait gramint d’ragoûts d’haricots et d’punn’s d’tierre. Sur les lits, in a r’mis couverte et éderdon ? Finalement, l’idéal est de laisser faire le temps et de se dire avec philosophie : Bah ! Après ch’ timps-là, in n’n’ara d’l’aute !

 Ce qui nous intéresse dans ces deux dernières citations de Charles d’Orléans et de Simons, ce sont les mots froidure et frod que nous allons utiliser pour illustrer notre première leçon de phonétique picarde de l’année. L’ancien français utilise déjà la diphtongue oi  (froidure) alors que le picard dit o (frod) avec différentes variantes qui vont jusqu’au dans le sud du domaine linguistique : les gens de la Somme disent Vif’ el’ roé lors de la galette des rois. Chez les chtis, la règle d’usage est o : l’ mos le mois, un tiot pos  un petit pois, in a so  on a soif, j’ai tros dogts  j’ai trois doigts, ch’est tout drot  c’est tout droit, i porte es’ crox  il porte sa croix, l’frodure  la froidure. On prononce encore un monieau   un moineau, un osieau  un oiseau, eun’ nojette  une noisette, min vogin  mon voisin. La règle est valable aussi en présence d’un y.  On lira un bo-yau  un boyau, un no-yau  un noyau, eun’ vo-yette  une petite voie. Il convient d’ajouter les verbes lo-yer  lier, plo-yer  plier, ou so-yer  scier. Afin de contrôler ces nouvelles acquisitions auprès des lecteurs, tout ceci fera l’objet prochainement d’une interrogation écrite… A l’arvo-yure !

Commentaires  

 
#1 devos 07-08-2013 17:27
nous in dit in quéviau , ou un qu'viau