A Pâques, les enfants de choeur de jadis marchaient-t-ils sur des oeufs ?

Écrit par guydubois.

coq-600Les cardinaux étaient-ils accusés de polluer l'atmosphère avec leur fumée noire ? Ce serait une des raisons pour s'être empressés d'appeler un nouveau pape à régner ! « Araignée ? En voilà un drôle de nom pour un pape ! », aimait-on dire aux enfants pour les intriguer. De nos jours, les comptines ont-elles encore cours ? Où en sont les antiques traditions pascales ?

coq-600Les enfants de chœur parcouraient les rues armés de leur « écalette » en bois que l'on appelle ailleurs eun' arlette, un baterlet, eun' brouissoire, un craclin, eun' écliquette. En agitant bruyamment leur crécelle, ils quêtaient dans les fermes et les maisons afin de recueillir des œufs et un peu d'argent. Leur chanson favorite était celle-ci, sur un air de cantique. « Alleluia, Cath'rine all' s'in va, dins sin guernier cacher à rats. Ch'est pas pour elle, mais pour sin cat. Alleluia ! ».
Le « guernier » de Catherine est propice à l'exploitation d'une règle d'usage de notre vieux langage. Il s'agit d'un conflit entre les « e » et les consonnes doubles que le picard répugne à prononcer. En présence de « br », « cr », « dr », « fr », etc... et « bl », « fl », « pl », etc... le « e » vient s'intercaler entre les deux consonnes doubles. Exemple, brebis devient berbis, grenouille devient guernoulle, autrefois devient auterfos, le vent souffle se traduit par l'vint i souffelle. Il vous est donc facile de dire en picard : une bretelle, entre deux, Notre-Dame, .....
En parlant d' « e », revenons à nos enfants de chœur ! Quand ils avaient été éconduits, ou si la fermière avait été chiche, ils se vengeaient en chantant : « Allez grand-mère barbue croquer vou z'oeus au coin d'vou fu. O' donn'rez ches écalles à vou z'ogeons, i vous pondront des gros étrons pour aminder vou parc à z'ognons. Quand vous pass'rez par no mason, o'z'érez des cops d'bâton, i n' vous in manqu'ra pont ! »
Pendant quelques jours, ches cloques, (en anglais clock) s'étaient tues, et pour célébrer leur retour de Rome, les parents avaient caché des œufs dans ch' gardin (in english garden). A l'église, Monsieur le curé avait sorti la grande candelle (en anglais candle). Je vous l'avais bien dit que les anglais parlaient patois comme nous !
Quant à Jules Coine, mineur aux mines d'Ostricourt, il avait fait paraître « Les Chants de la Muse Noire » en 1913. Il célébrait les œufs de Pâques, en toute simplicité et dans la tradition : Au soir, ej' les f'rai cuire dins de l'ieau d' chicorée pour les faire v'nir tout rouches : ch'est là l' point essentiel. J'irai les mucher dins l' gardin, au long d'l'allée. Dins les fleurs in bordure l' lind'main au solel, pindant qu'les cloques ed' l'églisse i sonn'ront à l' volée, mes mioches iront r'cueillir ches oeufs ...quéus du ciel.

Guy Dubois

D’autres se lamentent de la douceur des températures: Mos d’janvier sans gélée n’annonche point eun’ bonne année ! Alors, quel temps nous réserve encore cet hiver 2013 ?

   Pour le savoir, il suffit de guetter votre grenouille dans son bocal ou de compter les pelures des oignons que vous avez récoltés…ou de vous rapprocher des maximes  du calendrier de nos aïeux qui savaient mettre en rimes le fruit de leurs longues observations. Tenez, en ce 20 janvier, jour de la Saint Sébastien, vérifiez qu’à l’ Saint Sébastien, ches jours i rallongen’t du saut d’un tchien  et retenez qu’à l’ Saint Sébastien, l’hiver i s’in va ou i s’casse les dints : dicton confirmé par la Saint Vincent, le 22 janvier, à l’ Saint Vincint, tout i gèle ou tout i s’find, l’hiver i arprind ou i s’casse les dints ! Le 23 janvier, on fêtait la Saint Raymond, et ce jour mérite toute notre attention, car si qu’i gèle à l’ Saint Raymond, l’hiver i s’ra cor long. Par contre, le 29, jour de la Saint Sulpice, si qu’i gèle à l’ Saint Sulpice, l’ printemps i s’ra propice ! Enfin, pour les pessimistes, voici une bonne nouvelle qui survient le 30 janvier, où l’on fêtait les Hippolyte : à l’Saint Hippolyte, l’hiver bin souvint i nous quitte !

         Alors, va-t-on bientôt chanter comme l’ancien poète français Charles d’Orléans, mort en 1465, le temps a laissié son manteau de vent, de froidure et de pluye ? Ou, plus près de nous, faut-il s’inspirer du poème de notre brave Léopold Simons : v’là l’hiver, i fait frod, in est bien dins s’mason, in fait gramint d’ragoûts d’haricots et d’punn’s d’tierre. Sur les lits, in a r’mis couverte et éderdon ? Finalement, l’idéal est de laisser faire le temps et de se dire avec philosophie : Bah ! Après ch’ timps-là, in n’n’ara d’l’aute !

 Ce qui nous intéresse dans ces deux dernières citations de Charles d’Orléans et de Simons, ce sont les mots froidure et frod que nous allons utiliser pour illustrer notre première leçon de phonétique picarde de l’année. L’ancien français utilise déjà la diphtongue oi  (froidure) alors que le picard dit o (frod) avec différentes variantes qui vont jusqu’au dans le sud du domaine linguistique : les gens de la Somme disent Vif’ el’ roé lors de la galette des rois. Chez les chtis, la règle d’usage est o : l’ mos le mois, un tiot pos  un petit pois, in a so  on a soif, j’ai tros dogts  j’ai trois doigts, ch’est tout drot  c’est tout droit, i porte es’ crox  il porte sa croix, l’frodure  la froidure. On prononce encore un monieau   un moineau, un osieau  un oiseau, eun’ nojette  une noisette, min vogin  mon voisin. La règle est valable aussi en présence d’un y.  On lira un bo-yau  un boyau, un no-yau  un noyau, eun’ vo-yette  une petite voie. Il convient d’ajouter les verbes lo-yer  lier, plo-yer  plier, ou so-yer  scier. Afin de contrôler ces nouvelles acquisitions auprès des lecteurs, tout ceci fera l’objet prochainement d’une interrogation écrite… A l’arvo-yure !