Sorcellerie - Les Brigittines de Lille

Écrit par Raymond.

brigittines"La démonomanie gagnera trois Brigittines de Lille, au début du XVIIe siècle.
Georges Raviart nous dit que : " ... de véritables épidémies de délire religieux troublèrent durant bien des années la tranquillité des couvents. A cette mémorable série appartient la possession des Ursulines de Loudun, en 1633, puis dix ans plus tard, celle des religieuses de Louviers ".
Fin l609 à Sainte Ursule, à Aix, Madeleine de Mandol se croit possédée " d'un grand nombre de démons ". Une autre Ursuline fera une déclaration dans le même sens. La vie religieuse astreignante d'exercices de piété et de jeûnes favorise l'éclosion de tels délires hystériques. Les convulsions et catalepsies des malades impressionnent les inquisiteurs et exorcistes, persuadés de la présence de Satan. Le prêtre Gaufridi victime des accusations des Ursulines, fut condamné à être brûlé à Aix en avril 1611


Les Brigittines de Lille, influencées par les religieuses d'Aix, se croient à leur tour possédées. La suggestion du milieu est prépondérante. Elle finira par pousser Marie de Sains, du couvent des Ursulines de Lille, à s'avouer être la cause de tout les désordres.
Mise au cachot et interrogée de nombreuses fois elle sera bientôt en mesure de confesser tout ce que l'on veut. Ainsi rapporte encore Georges Raviart :
" J'ai abandonné au diable mon corps, mon âme, mes bonnes oeuvres, tout ce qu'une créature vivante peut offrir à son créateur. J'ai placé sous les accoutrements des nonnes, aux paillasses de leurs couchettes, un maléfice que le diable me confia, et qui devait causer l'extermination de la communauté. Ce maléfice fut inventé au sabbat par Louis Gaufridi.
   - nous retrouvons ici une réminiscence de la possession d'Aix - et il était composé avec des hosties et du sang consacrés, avec des poudres de bouc des ossements humains, des crânes d'enfants, du poil, des ongles, de la chair et de la liqueur séminale de sorcier, avec des morceaux de foie, de rate, de cervelle. J'ai administré aux filles de Sainte Brigitte des poudres débilitantes. J'ai tenté à différentes reprises de faire mourir la mère abbesse, ainsi que l'évêque de Tournay et tous les serviteurs attachés à sa personne. J'ai fait périr la gouvernante de Bapaume et un nommé Jean Bourgeois ".


Ici, vous le voyez, la malade s'accuse d'avoir fait périr telle ou telle personne. Cette auto-accusation que l'on peut observer au cours de nombre de psychopathies est probablement en rapport avec la mélancolie délirante. Tout à l'heure, nous verrons Marie de Sains s'accuser d'actes immondes et raconter des scènes d'origine évidemment onirique et hallucinatoire, mais il est des cas où l'auto-accusation obtenue des sorciers émanait directement, écrit Dupré, sans intermédiaire d'accidents hystériques ou vésaniques, de la suggestion impérative qu'exerçaient, dans leurs questions, les inquisiteurs hostiles et menaçants sur l'esprit débile et terrorisé des malheureux prévenus.

sorciere

"J'ai fait avaler, ajoutait Marie de Sains, des poudres altérantes à la soeur Catherine et à la soeur Boulonnois ; au père Michaélis, des poudres qui agissent sur l 'estomac et sur le cerveau ; au père Doompt, des poudres qui engendrent une maladie pédiculaire ;... j'ai rapporté du sabbat des idoles de cire qui provoquaient les religieuses à la luxure ;... j'ai administré à soeur Marie Casselle, un maléfice de lubricité... ".  Elle reconnut aussi et confessa qu'elle avait occis plusieurs petits enfants et qu'elle les avait ouverts tout vifs afin de les sacrifier au diable, lui disant : J'offre corps et âme et tous les membres de ce petit enfant à toi, Lucifer, et à toi Beelzébuth, et à tous les diables.


L'inquisition n'étant pas terminée pour autant à Lille puis à Valenciennes où, de 1573 à 1672, dix-sept procès furent instruits."

" Sorcières et possédées " du Docteur Georges Raviart
Extrait du livre "La sorcellerie et la justice en Flandre" (Christiaene et Michel LOOSEN - Foyer Culturel De l'Houtland, Steenvoorde - Edition de 1991) ( bibliothèque personnelle CVT)